Dans l’article précédent, nous avons posé les fondations de notre témoignage au travail en explorant deux questions principales : pourquoi il est essentiel d’y annoncer la Bonne Nouvelle et jusqu’où avons-nous le droit de le faire. En effet, notre contexte de travail, géré par la loi sur la laïcité, est orienté vers d’autres priorités que les questions spirituelles. Il nous faut donc y trouver la juste place.

Cette exploration nous a permis de lever un certain nombre d’obstacles ou d’excuses que nous brandissons communément pour nous amender de cette responsabilité. De toute cette discussion, reste l’idée force que nous sommes appelés à rendre témoignage à nos proches, que nous sommes souvent les seules personnes de leur entourage à pouvoir le faire et qu’ils ont besoin ‘d’entendre’ de façon claire le message de réconciliation de Dieu avec les hommes, à travers l’œuvre de Jésus-Christ.

Il nous faut donc leur ‘dire’ le message, le rendre simple et attirant, savoir en discuter pour lui permettre d’être peu à peu compris par nos interlocuteurs. Des livres entiers ont été écrits sur le sujet du témoignage personnel et je ne saurai trop vous recommander d’en lire quelques-uns et/ou de suivre des formations proposées sur ce thème dans votre église. La question du ‘comment’ le vivre au quotidien reste toutefois posée et c’est que nous allons traiter dans cet article. 

deux femmes en discussion dans la cafétaria d'une entreprise

Annoncer la Bonne Nouvelle ne consiste pas à occuper l’espace avec des déclarations intempestives et surtout pas à faire du prosélytisme mais d’être tout simplement dans une relation authentique à l’autre. Trois conditions sont nécessaires : être soi-même, être patient et progressif et assaisonner nos paroles du sel de l’Evangile.

Faire savoir que l’on est chrétien 

Sortir de la schizophrénie 

Beaucoup de chrétiens vivent le travail dans une situation de schizophrénie : une identité pour le travail et une autre pour la vie d’église ! Ils n’exercent pas leur vie professionnelle à partir de leur moi véritable mais à travers un masque, une identité sociale construite artificiellement qu’ils croient compatible avec les contraintes de la laïcité. Si cela est le cas pour vous, sachez que vous êtes dans une impasse.  Vous ne pourrez jamais vous sentir vous-même dans votre contexte de travail, en capacité d’y agir avec votre plein potentiel et surtout vous ne pourrez pas établir de relations authentiques avec les autres. On ne construit pas de relations de confiance avec quelqu’un qui se cache ! 

La pierre angulaire d’un témoignage vécu de façon authentique au travail est d’y être soi, dans la liberté de l’être et dans l’unité avec soi-même. Au fur et à mesure des semaines, vous connaissez plein de détails sur la vie de vos collègues, sur leur club de foot préféré, leurs convictions, leur façon de voir le monde. Et que savent-ils de vous ? Savent-ils que vous êtes chrétien ? Comment pourriez-vous trouver la liberté d’orienter vos conversations vers des sujets plus spirituels tant que vos collègues ne vous auront pas clairement identifié ?  

Si c’est par un esprit de timidité que nous agissons ainsi ou pour ne pas risquer d’être mis de côté, sachez là encore qu’en agissant ainsi nous nous mettons hors-jeu, comme un joueur sur le banc de touche qui ne sert plus à rien pour son équipe. Nous ne participons plus au match ! Et cet état d’esprit ne vient pas de Dieu : il est à combattre ! 

« Car ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse. N’aie donc point honte du témoignage à rendre à notre Seigneur » 2Tim 1:7-8a

Comment le faire savoir ? 

Pas de façon solennelle mais tout simplement, au détour d’une conversation banale dans laquelle vous prendrez le risque d’être vous-même : « Ah non, dimanche matin cela ne va pas être possible. Je vais à l’église … Ah, c’est intéressant cette coïncidence car ce sujet est justement celui que nous avons discuté hier, dans l’étude biblique à laquelle je participe… Je suis désolé pour cette épreuve que tu traverses. M’autorises-tu à prier pour toi dans cette situation …As-tu déjà assisté à un baptême par immersion ?…»   

De nombreux bénéfices à en attendre 

Une vraie liberté vous attend et beaucoup de choses vont changer (en mieux !) dans vos relations professionnelles : 

  • Vous serez dans une relation vraie avec les autres et celle-ci pourra se construire de façon authentique avec le temps 
  • Vous allez acquérir une immense liberté pour être vous-même – ce qui vous permettra de dire ce qui vous tient à cœur, de façon naturelle, au fil de l’eau des situations rencontrées 
  • Vos proches pourront faire le lien entre votre comportement, votre façon de vivre au jour-le-jour et vos convictions. Ils vont soudainement comprendre d’où vient votre esprit de service, vos paroles d’encouragement et ils auront envie de l’avoir à leur tour.  
  • Quant à vous, vous serez deviendrez un disciple plus affermi car tous les aspects de votre moi (votre attitude, vos convictions et vos paroles) seront naturellement en cohérence !  Vous pourrez compter sur vos collègues pour vous remettre dans la droite ligne si par hasard, vous déviiez 😊 Et s’il arrivait que cette remise en question ne soit pas toujours bienveillante mais tourne à la rudesse, sachez que cela aussi fait partie du lot ! «N’aie donc point honte du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier. Mais souffre avec moi pour l’Evangile, par la puissance de Dieu» 2Tim 1:8 

Être patient et progressif

La plupart de nos proches ne sont pas avides de discussions spirituelles sur la Bible et un langage trop religieux ou trop insistant de notre part risque de les rebuter de façon définitive ! Ce n’est donc pas la bonne méthode ! Nous devons faire preuve de retenue, pour agir avec sagesse et douceur, en nous adaptant aux besoins spirituels et au niveau de compréhension des personnes. La première fois que l’on ajoute un légume à l’alimentation d’un enfant, il est plutôt craintif et n’en prend qu’une toute petite dose. La seconde fois sera un peu plus facile. Idem, si vous désirez donner du pain aux canards, vous commencerez par l’émietter car vous savez bien qu’ils sont incapables de manger la miche d’un seul coup de bec. Il est en de même pour les discussions spirituelles avec nos proches ! N’essayons pas de leur faire avaler tout le message d’un seul coup mais avançons progressivement au fur et à mesure des circonstances et de leurs besoins !

Nous l’avons vu dans l’article ‘Bénir et encourager nos relations professionnelles’,  toute personne a une dimension spirituelle qui l’amène à chercher Dieu. C’est à cette empreinte de Dieu en elle que nous allons chercher à nous adresser. A travers nos discussions, nous allons permettre à cette image de Dieu qui sommeille en elle, de devenir plus présente. Et les personnes qui nous entourent se situent à quatre différents niveaux d’intérêt spirituel. A nous d’identifier où se situent nos proches et à adapter notre comportement en conséquence :

Niveau 1 : l’indifférence

Parfois cette image de Dieu en elle est très enfouie, la personne semble vraiment indifférente à toute question spirituelle. Il conviendra alors d’y aller par petites touches, en lui faisant remarquer la beauté d’une situation, en lui donnant un point de vue chrétien sur un fait de société, en l’aimant de façon inconditionnelle … et bien sûr, en priant pour elle !

Niveau 2 : un intérêt intellectuel

Au second niveau, les personnes montrent un peu plus d’intérêt, au moins intellectuel. Elles acceptent la discussion, posent des questions mais cela reste encore sur un plan très cérébral. Nous accepterons donc le débat avec elles, en challengeant leur façon de voir le monde mais surtout en essayant d’y apporter une dimension affective pour les amener peu à peu à considérer la foi comme une relation avec Dieu et non comme un système de pensée. La qualité de notre vie compte énormément pour ces personnes car elles ont besoin de percevoir la cohérence de notre vie de foi.

Niveau 3 : l’envie et la jalousie

Ce troisième niveau est intéressant car paradoxal. Les personnes commencent réellement à percevoir ce ‘plus’ qui est dans notre vie. Elles ne se l’expliquent pas encore très bien et elles oscillent, à son sujet, entre envie et jalousie. Elles voudraient bien expérimenter cette paix que nous avons mais pas dans nos conditions. Cela les rend tiraillées dans leur relation avec nous, à la fois demandeuse de discussions et en même temps, pouvant se montrer très agressives. La seule réponse est d’accepter la discussion et de faire preuve de beaucoup d’amour dans la relation. Sans oublier la prière !

Niveau 4 : le fruit mûr

A ce niveau, les personnes ont compris l’essentiel du message, leur besoin du salut en Jésus-Christ mais elles n’ont pas encore fait le pas d’accepter ce pardon offert. Notre grand défi avec ce type de personnes est de leur présenter clairement la décision à prendre et de les accompagner dans ce processus. Nous pourrons leur présenter avec profit d’autres personnes chrétiennes, les inviter dans une église ou leur prêter un livre qui leur expliquera le choix à faire.

Assaisonner nos paroles de sel

«Conduisez-vous avec sagesse envers ceux du dehors, et rachetez le temps. Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun.» Col 4:5-6

Avec la pratique, vous allez gagner en expérience et apprendre à adapter vos propos afin que votre parole soit toujours «accompagnée de grâce et assaisonnée de sel». Cependant, une chose demeure : ce sera le plus souvent à vous à prendre l’initiative d’ouvrir une conversation à portée spirituelle. Comment le faire ?

Attention : tous les conseils qui suivent s’entendent dans le cadre de relations interpersonnelles au travail ou hors du travail, et non pendant une activité de travail ! 

Privilégier les relations individuelles

Pour vos conversations à portée spirituelle dans le monde du travail, privilégiez les relations individuelles. Car il n’y a pas de loi contre l’amitié ! La pause déjeuner, la machine à café sont des temps privilégiés pour ouvrir son âme, parler de façon plus authentique. Soyez vous-mêmes prêts à ce risque d’authenticité car sinon, comment pourriez-vous l’attendre de votre vis-à-vis ?

Créer des occasions

Démarrer une conversation à portée spirituelle est souvent un saut dans l’inconnu car on ne sait pas comment la personne va réagir, si elle va ou non saisir la perche que nous lui tendons. Notre désir est d’ouvrir la porte et d’amener la discussion sur le terrain qui nous intéresse. Nous pourrons par exemple :

  1. Discuter d’un sujet de société, d’un film couru du box-office, du dernier bestseller de littérature… en y ajoutant notre propre analyse, empreinte d’une vision chrétienne du monde. Personnellement, je me souviens avec précision, comment je m’étais préparée pour ce type de discussions, à l’époque des manifestations pour la loi sur le ‘mariage pour tous’ et à la sortie du film sur le ‘Da Vinci Code’. Tout le monde en parlait. Il était important que je participe moi aussi au débat mais avec un point de vue chrétien, étayé par des arguments tangibles et recevables, qui s’inspirent de la Bible mais ne la cite pas de façon caricaturale. Et bien sûr, cela se prépare !
  2. Ecouter et développer l’art de poser des questions. Les questions sont un levier essentiel pour connaître une autre personne. Elles vont lui montrer que nous nous intéressons sincèrement à elles. Elles permettent aussi de les faire progresser dans leur réflexion, par petites touches, à leur rythme. Et elles nous permettent à nous, de discerner ses besoins et donc d’adapter nos réponses. Si une souffrance s’exprime, la recevoir avec empathie, offrir un service, proposer la prière. Rares sont les personnes qui refusent que l’on prie pour elles ! Cela les touche et les amène naturellement à intégrer la personne de Dieu dans leur situation.
  3. Raconter avec des mots de tous les jours, d’une façon désacralisée, des histoires de la Bible : une parabole, la vie de Joseph ou Abraham, un épisode la vie de Jésus… En tirer des leçons de sagesse, pour la vie de tous les jours. Mais ce faisant, nous amenons la personne à considérer la Bible comme un livre de référence, intéressant pour sa vie quotidienne et nous la préparons à y entrer d’une façon plus personnelle.
  4. Envers les personnes plus ouvertes, partagez des éléments de votre cheminement personnel vers la foi en Jésus-Christ. Votre témoignage personnel est un outil majeur dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Pourquoi ? 1. Parce que c’est un récit de vie et que nos contemporains sont friands de story-telling. 2. Parce que votre récit est incontestable : c’est votre histoire ! 3. Parce que -et cela est le plus important – votre témoignage va permettre à vos auditeurs de s’identifier à votre histoire : comme vous, ils traversent des épreuves, se posent des questions existentielles … mais l’immense avantage d’être allé plus loin dans cette épreuve. Vous avez rencontré quelqu’un qui vous a donné une solution ! Et votre récit va leur permettre d’ouvrir de nouveaux horizons de possibles.
  5. Prenez particulièrement soin des personnes plus avancées spirituellement. Proposez-leur des ressources complémentaires pour alimenter leur intérêt : un site web, une invitation à un concert, un repas au restaurant pour lui présenter une autre personne, un livre, un petit groupe de discussion sur la Bible …

Gardons le cap 

Vous le constatez, il existe mille et une manières de cheminer à côté de vos collègues pour leur annoncer la Bonne Nouvelle. A vous de trouver, dans l’amour que vous portez à cette personne et dans la prière, le moyen le plus adapté à sa situation. Soyez proactif, patient et bienveillant.

Parfois les personnes seront disponibles et parfois, non. Avancez sur la durée et de façon progressive. Vous vivrez de réelles avancées, pouvant être suivies de reculs aussi spectaculaires, avant de repartir à nouveau vers une progression. Ne vous découragez pas. Gardez le focus, restez intentionnels, continuez à prier pour elles et à les aimer.

Vous êtes l’ambassadeur de la réconciliation que le Seigneur a mis aux côtés de vos relations professionnelles pour les amener à saisir l’amour inconditionnel de Dieu !

POUR APPROFONDIR SEUL – OU MIEUX – EN PETITS GROUPES

Voici quelques questions pour vous aider à approfondir cet enseignement seul ou en petit groupe :

Nous dévoiler en tant que chrétien

L’article pose comme une condition préalable à l’annonce de l’Evangile, le fait de faire savoir à nos collègues que l’on est chrétien. Pourquoi ? Qu’en pensez-vous ?

Y-a-t-il d’autres personnes croyantes (chrétiennes ou pratiquant d’autres religions) dans votre environnement de travail ? Comment l’avez-vous appris ?

Vos collègues savent-ils que vous êtes chrétien ?

  • Pour ceux qui répondent oui : comment l’ont-ils appris ? quelles en ont été les conséquences pour vous et vos relations avec eux ?
  • Pour ceux qui ont répondu non : comment pourriez-vous le faire savoir ?

Orienter les discussions vers des sujets spirituels

Les activités professionnelles proprement dites ne se prêtent pas aux discussions à portée spirituelle. En revanche, les échanges informels et amicaux entre collègues, à la cafétaria, au restaurant d’entreprise, en after-work … y sont propices.

  • Comment se passent, dans le cadre de votre activité professionnelle, vos déjeuners ou vos pauses ? Privilégiez-vous ces instants pour discuter avec vos collègues ?
  • Avez-vous réussi à orienter vos conversations vers des sujets spirituels ? Comment faites-vous pour venir sur ce terrain ?

L’article propose plusieurs chemins pour orienter nos discussions vers des sujets spirituels, selon l’état spirituel de nos interlocuteurs : donner un point de vue chrétien sur les événements, poser des questions, proposer la prière, raconter son propre cheminement spirituel, inviter une personne à une rencontre hors travail, lui proposer un petit groupe …

  • Parmi tous ces chemins, lequel / lesquels pratiquez-vous déjà ?
  • Sur lequel / lesquels aimeriez-vous acquérir plus d’expérience ?
  • Comment pourriez-vous développer ces compétences ?

Nourrir le cheminement spirituel de nos collègues

L’article propose 4 différents niveaux de maturité spirituelle.

  • Est-ce que ceux-ci font sens pour vous ? Pouvez-vous les repérer chez certains de vos collègues ? En quoi, cela modifie-t-il la nature de vos échanges avec eux ?
  • Comment pourriez-vous les aider à progresser ?
  • Avez-vous déjà donné en totalité ou en partie votre témoignage spirituel à l’un / l’une de vos collègues ? Dans quelles circonstances ?
  • Comment poursuivez-vous cette relation ? Avez-vous des conseils à donner à ce sujet ? (sites web à recommander ? livres ? invitations à un concert ? participation à un petit groupe ?)

Prière

Clôturez ce temps de partage par la prière.

  • Priez pour vous-mêmes : que le Seigneur vous accorde l’Esprit de force, d’amour et de sagesse dont vous avez besoin (2Tim 1:7) pour entrer de façon résolue dans ce ministère
  • Priez pour au moins deux de vos relations professionnelles : que le Seigneur vous donne l’opportunité et le courage d’initier une conversation à portée spirituelle durant la semaine à venir.

Laisser un commentaire

Fermer le menu