Notre travail va-t-il nous suivre dans l’éternité ?

Nous arrivons au terme de cette série sur la doctrine biblique du travail. Mais celle-ci ne saurait être complète sans une perspective de la fin ! Qu’en sera-t-il du travail accompli ici-bas ? Tout sera-t-il détruit ? oublié ? Ou au contraire, notre travail terrestre va-t-il nous suivre dans l’éternité  ? En d’autres termes, en quoi notre travail d’aujourd’hui participe-t-il à la construction du Royaume de Dieu ?

Ces questions pourraient apparaître au premier abord, bien secondaires. Et pourtant ! Notre vie terrestre est un chemin. Tout itinéraire a un point de départ et un point d’arrivée. Sans point d’arrivée, le chemin n’est qu’une errance. Il nous faut donc une vision juste de l’arrivée pour marcher dans la bonne direction ! Découvrir que votre travail terrestre a quelque chose à voir avec l’éternité du Royaume de Dieu va nous donner de l’espérance et vous motiver à lui offrir le meilleur de vous-mêmes au quotidien, comme une offrande à Dieu et un service d’amour pour les hommes.

Collègues au bureau

Il est difficile de traiter en quelques lignes d’un sujet aussi vaste et polémique ! Il englobe de l’eschatologie avec la difficile interprétation des évènements de la fin mais aussi de la théologie la plus complexe sur la compréhension du plan de Dieu pour l’humanité … Alors, si vous manquez de courage, allez immédiatement à la fin, sinon, faites comme moi : acceptez de cheminer en toute modestie, et avec l’aide d’auteurs expérimentés, sur les différents débats qui animent la communauté chrétienne pour y forger votre point de vue.

Du jardin à la ville, d’Eden à la Nouvelle Jérusalem

Genèse et Apocalypse en miroir l’un avec l’autre

Genèse chapitres 1 et 2 et Apocalypse chapitres 21 et 22 sont en miroir l’un avec l’autre. Entre les deux, il y a toute l’histoire de l’Humanité et la vision biblique du monde. Genèse commence par un jardin. Apocalypse termine en apothéose dans la ville de la Nouvelle Jérusalem.
Au moment de la création, Dieu place l’homme dans un jardin avec le mandat précis de se multiplier et de pourvoir, par son travail, aux besoins de l’humanité. Le travail est défini comme intrinsèquement bon. L’homme, par son travail, participe à la bonne gérance de la création et contribue à son développement. Ce travail est le ministère auquel Dieu l’appelle.

Le livre de l’Apocalypse est la conclusion en victoire du combat commencé en Genèse 3. Même s’il est difficile d’interpréter chaque vision et symbole de ce livre prophétique, une réalité s’affirme : Dieu restaure et rétablit ce qu’Il a initialement voulu. A la fin vient le jugement, la destruction de Satan et de ses adorateurs, le salut des justes et l’instauration de la création restaurée : la Nouvelle Jérusalem. L’intimité avec Dieu est restaurée. Le mal a cessé de régner. Les hommes peuvent manger librement les fruits de l’arbre de vie.

La Nouvelle Jérusalem, accomplissement de la création  

Notez cependant qu’entre Genèse et Apocalypse, nous sommes passés du jardin à la ville ! Cela confirme ce que nous avions dit au début : le jardin n’est pas la fin de l’Histoire, juste son commencement. Par son travail, l’homme avait pour mandat de poursuivre la création. Pour ce faire, Dieu lui avait donné des ressources, un contexte, des lois physiques pour qu’il les exploite et les fasse évoluer pour le bien commun. Générations après générations, et malgré l’empreinte du péché sur leur travail, les hommes sont entrés dans ce mandat. A la fin, ce jardin est devenu une ville ! L’avènement d’une « ville » reflète bien cette évolution vers plus d’humains, plus de richesses, plus de complexité, plus de diversité et sans doute aussi plus d’activités.

Dieu n’a pas changé son plan : La ville n’est pas une substitution du jardin mais son accomplissement. Dieu poursuit son projet initial et l’amène à son terme malgré les soubresauts de l’Histoire. Jacques Ellul dans « Sans feu ni lieu : Signification biblique de la Grande Ville (1975) » souligne que la ville est une évolution naturelle et inévitable du développement de la race humaine mais aussi un lieu de forte rébellion, de péché concentré, d’impunité et d’arrogance vis-à-vis de Dieu. En choisissant de faire du Royaume de Dieu une ville, Dieu manifeste pleinement sa grâce. Il restaure le lieu le plus pollué par le péché pour en faire sa demeure éternelle en gloire parmi les hommes…

Notre travail va-t-il nous suivre dans l’éternité ?  : 

“Si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’oeuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’oeuvre de chacun. Si l’oeuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. Si l’oeuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu.” 1 Cor 3:12-15

Ce passage est clair ! Il affirme que quelque chose de notre travail, de nos oeuvres terrestres va nous suivre dans l’éternité !  Nous en serons même récompensés ! Mais comment cela va-t-il se passer ? De quelles oeuvres s’agit-il ? Les oeuvres très matérielles de notre vie professionnelle en font-elles partie ?

Il existe trois points de vue sur cette problématique : Le point de vue ‘agnostique‘, le point de vue ‘annihilationniste’, le point de vue ‘adoptant‘. Prenons quelques paragraphes pour les présenter.

Le point de vue agnostique : « Ne cherchons pas à savoir ! »

L’idée de fond de cette position est de dire que nous ne pouvons pas savoir et que nous ne devons pas même chercher à le savoir ! Pourquoi ? Premièrement parce que la Bible ne donne pas assez d’éléments sur le sujet ou les a rendus volontairement obscurs. Il ne faut donc pas vouloir en savoir plus que ce que Dieu lui-même a décidé de nous révéler. Deuxièmement, on ne peut pas savoir car on ne peut pas prédire ce que vont faire les êtres humains et dans quel sens, ils vont faire évoluer les choses. A moins de renoncer au dogme bien établi du libre arbitre que Dieu a donné aux êtres humains, on ne peut donc pas prédire l’évolution des choses. En résumé, aussi longtemps que Dieu respectera la liberté des hommes de choisir entre le bien et le mal, personne ne pourra prédire l’évolution des choses.

Quelle est la conséquence de ce point de vue ? Il décourage les chrétiens d’envisager une quelconque portée éternelle de leur travail terrestre. Cela ne leur a pas été promis. Le travail est donc vu comme un lot incontournable de notre chemin terrestre par lequel Dieu nous éprouve et nous teste. L’homme doit répondre à cet appel dans l’obéissance à Dieu et dans l’amour pour les hommes en croyant que Dieu nous récompensera… ou pas !

 

Le point de vue annihilationniste : «Rien de terrestre dans le Royaume»

Pour les annihilationnistes, il existe une discontinuité radicale entre ce monde et le suivant. S’appuyant surtout sur 2 Pi 3:10-13 disant que tout sera détruit et refait à neuf et sur Ap 21:2 disant que la nouvelle Jérusalem descend du ciel, ils insistent sur le point que la nouvelle création ne peut être qu’un redémarrage, à partir d’une table rase. Comment un humain déchu pourrait-il jamais espérer que ses œuvres humaines et faillibles puissent y trouver une quelconque place ?

Quelle est la conséquence de ce point de vue ? Comme dans la position agnostique, le point de vue annihilationniste décourage les chrétiens d’envisager une quelconque portée de leur travail terrestre sur la Nouvelle Jérusalem. Cependant, même si notre travail n’est à prendre en compte que pour notre chemin terrestre, il n’est pas vain : il trouve sa raison d’être en tant ‘qu’instrument’ dont Dieu se sert pour amener les hommes au salut ou pour travailler à leur sanctification ou tout simplement pour préserver la première création et la faire durer aussi longtemps que possible afin d’en sauver le plus grand nombre (2Pi 3 :9). Mais le travail n’a pas de valeur ‘intrinsèque’ : à la fin, tout ce que nous aurons fait sur terre sera perdu. Pour les annihilationnistes, seule l’âme et le monde spirituel perdurent.

Le point de vue adoptant : « Dieu va purifier notre travail et s’en servir pour le Royaume »

« Et j’entendis du ciel une voix qui disait : Ecris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. » Ap 14 :13

Sur la base de ce verset notamment mais aussi Ap 21 :26 « On y apportera tout ce qui fait la gloire des nations », les adoptants pensent, quant à eux, que notre travail (ou au moins une partie de celui-ci) pourra trouver sa place dans le Royaume de Dieu. Nos œuvres vont nous suivre ! Dieu va ‘adopter’ (tout en le purifiant et le transformant) une partie de nos travaux pour les intégrer dans la construction de la Nouvelle Jérusalem. Pour les adoptants, le feu du jugement de la fin n’est pas un feu de destruction mais un feu de purification (1 Cor 3 :12-15) qui rend nos œuvres terrestres compatibles avec le Royaume de Dieu.

Quelles œuvres vont être conservées et comment cela va-t-il se faire ?

  • Une partie des adoptants, assez triomphaliste (qui prévalait surtout avant les massacres de la première guerre mondiale) pensaient que c’était le devoir de l’humanité elle-même de construire, sur terre, le Royaume de Dieu ! Plus personne (ou presque) ne soutient ce point de vue. Pourquoi ? Parce qu’il suppose que c’est l’homme qui, par ses propres œuvres, accomplit le dessein de Dieu et que le Royaume est à attendre sur cette terre. Ce qui est assez contraire au salut par grâce et par la foi seule !
  • La majorité des adoptants d’aujourd’hui sont beaucoup plus modérés et prudents. Ces adoptants préconisent que Dieu utilisera effectivement une partie de nos travaux terrestres pour la construction du Royaume (« nos œuvres nous suivent ») mais sans que l’on puisse dire lesquels et sur quels critères, Dieu fera le tri. Dans sa grâce, Dieu va retenir certains de nos travaux, après les avoir transformés et purifiés, simplement parce qu’il les aura jugés dignes d’une valeur éternelle. Ces adoptants s’appuient sur le fait que La Nouvelle Jérusalem sera bien une création matérielle, une « ville » qui descend du ciel et où Dieu viendra habiter avec les hommes. Et cette ville intègre en son sein, des éléments de la première création : elle est bâtie sur la fondation des apôtres (Ap 21:4) et ses portes sont liées aux 12 tribus d’Israël (Ap 21:2). Elle s’inscrit donc bien dans la continuité de l’Histoire humaine et elle y incorpore ses travaux. Si tel est le cas, cela a une portée considérable sur notre façon de travailler au jour le jour : cela veut dire que notre travail a une valeur intrinsèque, par ce qu’il est et par ce qu’il produit – et pas seulement par ses effets pour le salut spirituel des êtres humains ou notre sanctification !

Quel point de vue retenir ?

Les adoptants prudents nous semblent avoir le point de vue le plus équilibré, celui qui est le plus en cohérence avec tous les autres points de doctrine déjà évoqués au fur et à mesure des articles de cette rubrique.

La prudence des agnostiques est utile : « Pourquoi se poser cette question puisque nous ne pouvons pas savoir ? » mais elle décourage de toute prise d’initiative ou d’audace pour le temps présent. Elle désinvestit les chrétiens de leurs responsabilités sociales et réduit leur influence sur les affaires du monde et donc leur impact pour l’annonce de l’Evangile.

Les annihilationnistes ont raison d’insister sur la nature radicalement différente entre notre monde déchu et la Nouvelle Jérusalem. Ils nous préservent aussi de penser que c’est à nous, par notre travail, à construire le paradis sur terre ! Le Royaume de Dieu n’est pas le fruit du travail de l’homme même si dans sa grâce, Dieu nous appelle à y contribuer !
Mais les annihilationnistes vont trop loin dans le dualisme entre matériel et spirituel en ne retenant que le spirituel comme éternel. Ne serait-il pas incohérent et cruel de la part d’un Dieu d’amour de donner à l’homme le mandat de travailler si ce mandat le condamne à poursuivre toute sa vie une tâche insignifiante ? Cette vision n’est pas en accord avec ce que Dieu dit de sa création où Il ne sépare pas le matériel et le spirituel. En plus, elle décourage les chrétiens de s’impliquer d’une quelconque façon dans ce monde : à quoi bon se préoccuper du devenir du monde si rien de ce que nous faisons ici-bas ne dure et si la seule chose importante y est de cultiver notre âme ?

Les adoptants prudents ne sont pas dualistes. Ils accordent au monde physique et matériel une valeur en soi – et une valeur telle qu’il peut avoir une portée éternelle. (Ap 14 :13). Comme les annihilationnistes, ils pensent que c’est bien Dieu et Dieu seul qui inaugurera la nouvelle création, selon ses plans, au moment voulu par Lui. Mais Dieu va le faire avec nous, en y acceptant certaines de nos œuvres – après les avoir jugées et purifiées. Ces œuvres agréées et purifiées vont être transformées pour participer à la construction du Royaume.

Notre travail terrestre n’est pas vain dans le Seigneur !

En conclusion, comment concilier la souveraineté de Dieu pour l’avènement de la Nouvelle Jérusalem avec le fait que nous pourrions y participer, modestement mais sûrement, par notre travail ? Comment offrir notre travail à Dieu dans cette perspective d’éternité ? Voici comment Lesslie Newbigin les réconcilie : “Nous pouvons nous engager sans réserve dans tout le travail séculier que notre humanité exige de nous, sachant que rien de ce que nous faisons n’est assez bon en soi pour faire partie de la Nouvelle Jérusalem, que tout – de nos prières les plus secrètes à nos actes les plus publics – fait partie de cette nature humaine entachée de péché qui doit descendre dans la vallée de la mort et du jugement ; et en même temps, avec cette assurance que si nous l’offrons au Père au nom du Christ et dans la puissance de l’Esprit, tout ce travail accompli est en sécurité en lui et que – purifié par le feu – il trouvera sa place dans la ville sainte à la fin des temps.(Fooliness to the Greeks : the Gospel and Western Culture -1986) 

C’est pourquoi, ne perdons pas courage ! Notre travail ici-bas compte pour Dieu. Dans sa grâce, Il va s’en servir et le transformer pour participer à l’avènement de la Nouvelle Jérusalem. Nos journées de travail ont une portée éternelle si nous les remettons à Dieu et les vivons sous sa direction, dans la puissance du Saint-Esprit.

Que le Seigneur bénisse votre vie de travail et lui donne sa dimension éternelle !

“Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.” 1 Cor 15 :58

POUR APPROFONDIR SEUL – OU MIEUX – EN PETITS GROUPES

Voici quelques questions pour vous aider à approfondir cet enseignement seul ou en petit groupe :
  • Pourquoi la question de savoir si notre travail terrestre va trouver sa place ou non dans l’avènement final du Royaume de Dieu est-elle importante ?

  • La prudence de la position agnostique semble vertueuse. Mais quelles sont ses conséquences sur l’importance – ou pas – que nous allons donner à notre travail ?

  • En quoi la position annihilationniste est-elle en désaccord avec le récit de la création et le mandat donné à l’homme de travailler ?

  • Relisez Apocalypse 21 :1-27 et Apocalypse 22 :1-5. Que trouvez-vous de matériel dans la Nouvelle Jérusalem ? Que comporte-t-elle qui fait écho au parcours terrestre de l’humanité ? Qu’en concluez-vous ?

  • Comment comprenez-vous Apocalypse 14 :13. Comment nos œuvres d’ici-bas peuvent-elles nous suivre dans la Nouvelle Jérusalem ? Comment fera Dieu pour rendre nos œuvres imparfaites d’ici-bas en œuvres dignes d’entrer dans la perfection du Royaume ?

  • A votre avis, les œuvres mentionnées dans Eph 2 :10 comprennent-elles aussi nos vies professionnelles ? Pourquoi ?

  • Si Dieu accepte les œuvres de notre travail terrestre pour les intégrer à la Nouvelle Jérusalem, comment devrions-nous mener notre vie professionnelle ? En quoi peut-elle être une offrande d’amour à Dieu ? 1 Cor 15-58

Prière

Prenez un temps pour consacrer votre vie professionnelle au Seigneur et remerciez-le pour la portée éternelle qu’Il veut lui donner, même si nous n’en connaissons pas tous les critères. Demandons au Seigneur de nous remplir du Saint-Esprit afin d’entrer à chaque instant dans les œuvres préparées d’avance pour nous. Dans chaque décision, dans chaque activité, chaque discussion, que le Seigneur nous accorde la grâce de faire une œuvre utile, agréée par Lui et digne d’entrer dans la Nouvelle Jérusalem. Que le Seigneur vous bénisse 😊

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