Percevez-vous le travail comme un bon usage de votre temps ?

Seulement un quart des 800 chrétiens des églises de France interrogés en 2015 sur ce sujet l’a attesté de façon formelle ! Pour les autres, le sujet reste en débat … Quelque chose leur dit donc que le travail n’est pas si important et que la vie chrétienne « vraie » est ailleurs, sans doute dans les activités de l’église, les œuvres caritatives ou leur famille. Cela se confirme par les résultats obtenus à une autre question où ils sont près de 70% à dire leur difficulté à percevoir le travail comme une place de « ministère » que leur aurait confié le Seigneur.  

Y-a-t-il un appel du Seigneur pour notre activité professionnelle (comme il y a un appel pour un ministère spirituel d’évangélisation ou d’enseignant de la Bible) ?  Si oui, que recouvre cet appel ? En conséquence, comment devrions-nous vivre notre activité professionnelle ? 

Tout ce que vous faites, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, sachant que vous recevrez du Seigneur un héritage pour récompense. En effet, le Seigneur que vous servez, c’est Christ. Col 3:23

Voici 3 points pour définir le bien-fondé de notre appel au travail comme un ministère:

1.      Dieu ne fait pas de différence entre le matériel et le spirituel

Nous avons tendance très naturellement à dissocier le spirituel du matériel. Nous pensons que les tâches spirituelles sont dignes, utiles, éternelles et importantes aux yeux de Dieu. Nous les voyons comme les « bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour nous » (Ep 2:10). Alors que les tâches matérielles nous apparaissent comme nécessaires certes, mais pas éternelles et de peu d’importance aux yeux du Seigneur. Moins on en fait, moins on leur accorde de temps, mieux c’est ! Nous ne sommes pas les premiers à penser ainsi ! Aristote et tous les philosophes de la Grèce Antique étaient déjà imprégnés de cette façon de voir. Le travail et les tâches pratiques étaient réservées aux esclaves, alors que les gens éduqués passaient leur temps à rechercher la sagesse ou à commander ! Plusieurs sectes chrétiennes antiques, comme le Manichéisme ou plus près de nous le Catharisme, ont eu pour racines la séparation du matériel (vil et mortel) et du spirituel (noble, pur et éternel). Les moines du Moyen-Age qui ont énormément contribué à structurer la façon de comprendre et surtout de vivre la foi chrétienne dans la société, ont eux aussi distingué entre le « temporel » et le « spirituel ». Il a fallu attendre des ordres monastiques beaucoup plus récents comme les franciscains pour redonner à la vie monastique un équilibre harmonieux entre travail et prière, l’un et l’autre étant également respectables et se nourrissant mutuellement des apports de l’autre. Qu’en est-il du Dieu de la Bible ? Fait-il cette distinction ? Dès le premier chapitre de la Genèse, nous le voyons au travail, littéralement les mains dans la boue de la création ! Notre Dieu est un Dieu concret qui s’occupe de choses matérielles et tangibles. Il a certes donné des lois à Moïse mais aussi un cahier des charges ultra précis pour la construction du tabernacle (Exode 26). Il a recommencé quelques siècles plus tard en donnant le plan détaillé de la construction du temple et de chacun de ses accessoires (1 R 6). Et pour le construire, il a choisi un homme, Hiram, (spécialement équipé de tous les dons nécessaires pour mener à bien cette gigantesque et difficile entreprise (1 R 7 :13-16). Ainsi donc, non seulement le matériel est important pour Dieu mais ceux qui réalisent les activités matérielles (donc les travailleurs !) le sont aussi ! Dieu les choisit de façon précise et spécifique car leurs tâches sont essentielles à ses yeux. Le Nouveau Testament ne fait pas exception. Notre Dieu, aussi spirituel et transcendant soit-il, est devenu matière en s’incarnant. Jésus a partagé notre humanité et toutes les limitations de la vie matérielle que celle-ci implique. Il a dû manger, se loger, voyager … Il a transformé l’eau en vin (Jn 2:1-11), fait griller du poisson pour ses disciples (Jn 21:7-13)… Jésus connaissait les travaux de la terre, les semences, la culture de la vigne : il s’en est beaucoup servi pour illustrer les principes si spirituels du Royaume de Dieu (Lc 8:4-8). Quant aux épitres, elles font très souvent référence à notre vie sociale et professionnelle – même si elles n’ont pas pour vocation d’être un guide pratique du travail ! Si Dieu ne fait pas cette différenciation, nous ne devons pas la faire non plus ! Car, en la faisant, nous rétrécissons le projet de Dieu qui a pour objet de tout englober dans la restauration finale. Jésus n’est pas venu pour sauver juste le ‘spirituel’ mais sa création tout entière qui trouvera sa réalisation lors de l’avènement des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (2 P 3 :13, Ap 21:1).

2.      Dieu nous donne un appel pour le travail

L’histoire de Joseph, fils ainé de Rachel et Jacob, est exemplaire à ce sujet. Joseph très jeune reçoit un appel spécifique à travers un songe. A cette époque, il est incapable d’en comprendre la teneur mais c’est ce songe qui va se réaliser tout au long de sa vie. Vendu par ses frères, il devient esclave dans la maison de Potiphar où il excelle par la qualité de son travail. Puis, trahi encore, il se retrouve en prison où on lui confie la gestion des prisonniers ! Jusqu’au jour où, appelé par le Pharaon lui-même, il lui explique son rêve et se retrouve propulsé intendant en chef de toute l’empire égyptien. Dans toutes ses situations, Joseph travaille et son travail est son ministère ! Joseph, rempli de la connaissance de Dieu, fait sa volonté par les différents métiers qu’il exerce. C’est par ces métiers qu’il donne à voir la réalité de son Dieu à ses contemporains et surtout qu’il bénit son peuple et toute l’humanité en les sauvant de la famine. Joseph a suivi son appel et cet appel était d’assurer des responsabilités professionnelles pour la gloire de Dieu. Nous pourrions aussi parler de Noé et de son travail gigantesque de construction navale, d’Esther et Mardochée, tous les deux placés par Dieu dans des positons de travail particulières, permettant d’assurer une grande délivrance au peuple d’Israël, sans oublier Néhémie, ce chef de travaux hors pair par lequel la communauté juive a pu reprendre pied à Jérusalem et sortir de l’exil. Il est évident que tous ces hommes et femmes de Dieu ont reçu un appel précis pour un travail spécifique.  Donc oui, notre travail participe d’un appel de Dieu sur nos vies – et donc d’un ministère – par lequel il nous permet d’accomplir sa volonté et de servir l’humanité ! Cela mérite cependant quelques approfondissements : De quelle nature est cet appel ? Comment le reconnaître ? Devons-nous faire la différence entre un appel pour un service à plein temps et un appel pour un travail séculier ?

3. Avec l’appel vient le ministère

L’appel essentiel, celui qui fonde tous les appels successifs est celui de devenir enfant de Dieu en acceptant le salut offert en Jésus-Christ : Rm 1:6 « Et vous en faites partie, vous aussi, qui avez été appelés par Jésus-Christ » ; Rm 8:6 « Nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés conformément à son plan ». De cet appel initial découle tous les appels successifs par lesquels Dieu nous fait entrer à son service, en nous assignant, selon nos dons, nos circonstances, les saisons de notre vie, différentes tâches à son service.
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par vos œuvres afin que nul n’en tire orgueil. En réalité, c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions. » Ep 2:8-10
Dieu nous appelle et décide de nos œuvres bonnes, selon son appel et les besoins de Son Eglise ! Il nous confie à tous un ministère ! Aux uns, un ministère dans l’église comme pasteur, évangéliste … et aux autres un ministère dans la société civile comme médecin, artisan, enseignant, artiste, juriste ou ébéniste … Aucun ministère n’est supérieur à un autre : un pasteur comme un infirmier répond à sa vocation s’il se rend disponible à l’appel de Dieu sur sa vie ! Ce n’est donc pas tant la nature du ministère qui importe mais l’attitude générale avec laquelle nous l’exerçons, notre dépendance et soumission à l’appel de Dieu, notre volonté de le glorifier en toutes choses, notre disponibilité à sa voix et à sa direction. Voilà ce qui fait la différence ! Et comme nous sommes tous sauvés par la foi, aucune de nos œuvres bonnes n’ajoute à notre salut. En ce sens, le ministère pastoral n’a pas plus de valeur aux yeux de Dieu qu’un ministère professionnel accompli dans la soumission à l’appel de Dieu.

POUR APPROFONDIR SEUL – OU MIEUX – EN PETITS GROUPES

Discussion :

• Quelle est votre réaction première aux différents points présentés dans cet article ? Avez-vous naturellement tendance à séparer le matériel du spirituel ? A poser des hiérarchies de valeur entre les différents appels que Dieu adresse à ses enfants ? Comment pouvez-vous corriger cela ?

• Avez-vous reçu un appel pour le choix de votre activité professionnelle ? Si oui, comment avez-vous entendu la voix de Dieu et saisi sa direction pour le choix de votre vie professionnelle ? Si non, que pourriez-vous faire pour le reconnaître ?

• Si notre activité professionnelle est un ministère, alors, comment devons-nous l’exercer ? Quels sont les objectifs de ce ministère et quelles sont les conditions à remplir pour l’exercer de la façon la plus efficace ? Romains 12 : 1-2 est un bon point de départ pour répondre à cette question

Application :
  • Remercions le Seigneur de nous avoir donné à tous un ministère pour Le servir.
  • Confessons que nous avons tendance à compartimenter notre vie entre matériel et spirituel et que, ce faisant, nous rejetons l’appel de Dieu sur nous.
  • Acceptons d’entrer dans le ministère qu’il a préparé pour nous au travail. Acceptons d’être sel et lumière dans une société qui a besoin de Le connaitre et d’être restaurée par nos œuvres bonnes.
  • Engageons-nous à vivre au travail une éthique et un comportement qui reflète en toutes choses l’image de notre Dieu et donne l’occasion à nos contemporains de « goûter combien le Seigneur est bon » Ps 34 : 9.

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